Quand l'activation arrive trop tard
- Thierry Ferrari
- 2 juin
- 2 min de lecture

528
Mon plus mauvais score depuis que je tire. Et la partie la plus difficile n'est pas le résultat. C'est de savoir exactement pourquoi et de ne pas avoir pu l'éviter.
Samedi, j'étais aux régionaux en pistolet 25 mètres. Quelques semaines auparavant, je montais sur un podium au départemental avec une médaille de bronze et des sensations solides.
Cette fois, le scénario a été tout autre : je signe un 528, le plus faible score de ma jeune carrière.
Et je vais être très clair : je suis passé à côté de mon match. Je pourrais chercher des circonstances atténuantes. Le matériel, le contexte, le rythme, la fatigue… mais ce serait malhonnête. La vérité est beaucoup plus simple.
Je ne suis jamais réellement entré dans ma compétition.
Techniquement, les bases étaient là. Le travail aussi. Mais intérieurement, cette fameuse activation que je connais pourtant très bien dans mon métier de préparateur mental a eu énormément de mal à venir.
Cette montée progressive de l'intensité mentale et physiologique qui permet d'être totalement présent, totalement engagé, totalement dans l'instant.
Je l'ai sentie arriver à mi-match. Le regard changeait, le rythme se posait, les sensations revenaient enfin. Mais à ce moment-là, le retard était déjà installé.
Et au fond, cette compétition m'apprend quelque chose d'extrêmement intéressant sur la performance et sur les limites de l'auto-accompagnement.
Parce qu'accompagner les autres et s'accompagner soi-même sont deux exercices très différents. Lorsque l'on est seul sur la ligne, il faut être à la fois l'athlète, le coach, l'analyste, le régulateur émotionnel et celui qui prend du recul. Cela demande une lucidité énorme. Parfois, un regard extérieur aurait probablement déclenché plus tôt ce que je n'ai réussi à activer seul qu'en deuxième partie de match.
Et c'est exactement la même chose dans l'entreprise. Beaucoup de dirigeants très compétents deviennent moins lucides lorsqu'ils sont seuls face à leurs propres enjeux. Ils savent accompagner, conseiller, décider pour les autres, mais lorsqu'il s'agit de leur propre performance, la perception se brouille. L'engagement émotionnel modifie l'analyse.
C'est universel. C'est structurel.
Cette compétition ne remet pas en cause le travail effectué. Elle me montre simplement ce qu'il reste à stabiliser dans cette discipline encore récente pour moi.
Il y a un an, je découvrais le 10 mètres. Il y a trois mois seulement, je découvrais le 25 mètres. Vouloir déjà tout maîtriser serait une erreur d'interprétation.
Alors maintenant, je retourne à la base, au plomb, au travail fondamental, à ce qui construit vraiment un système durable.
Les jours où l'on passe à côté sont parfois ceux qui renseignent le plus précisément sur ce qu'il reste à construire.




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